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Retour sur la Kungsleden – Le projet
Cette année, nous partons à 2 sur la Kungsleden, en Laponie suédoise. Jean-Christophe et moi allons faire un parcours un peu atypique. La plupart des randonneurs partent d’Abisko pour descendre les vallées vers le sud et rejoindre Nikkaluokta. C’est un parcours que j’ai fait à plusieurs reprises déjà, comme en 2023 avec ma sœur Céline (voir le roadbook).
Cette année, nous démarrerons notre marche au sud, à la station de montagne de Kebnekaise. Côté logistique, nous passerons une nuit à la descente de l’avion, à Kiruna. Puis nous prendrons un bus qui nous acheminera au village Same de Nikkaluokta. Et enfin, un taxi motoneige (oui oui !) nous emmènera à Kebnekaise Fjällstation. Puis le lendemain, nous pourrons nous lancer sur la piste de la Kungsleden. L’idée est de faire une boucle en empruntant des vallées que je n’ai jamais pratiquées en hiver : celle de Sälka à Vista via Nallo et la seconde de Vistas à Alesjaure. Nous ferons le retour vers le sud, sur le parcours classique.
Le Roadbook de l’aventure
Comme en 2023 lorsque j’avais emmené ma sœur Céline sur ce trek, Jean et moi avons vécu l’aventure de manière différente. Je connais la région. Je sais ce qu’est un trek. Les longues heures de marche. Les difficultés à maîtriser la pulka. L’impact de la météo sur notre itinéraire… De son côté, il découvre tout. Voici le récit croisé de notre aventure.
Nous sommes arrivés à Kiruna, au nord de la Suède, le mercredi 11 mars au terme d’un long voyage. Tout s’est très bien passé. Les vols étaient à l’heure et nos deux pulkas nous ont parfaitement bien suivis.
Le lendemain matin, nous terminons nos préparatifs. Quelques courses au Coop du centre-ville : gâteaux, dîner du soir, petits déjeuners… Et nous prenons la route pour la station de montagne Kebnekaise Fjällstation. Un bus nous conduit de Kiruna jusqu’au petit village Same de Nikkaluokta où nous déjeunons au restaurant, puis un taxi motoneige sur les 19 kilomètres de piste défoncée. Nous sommes très surpris, voire inquiets, par le manque de neige et la mauvaise qualité de la glace sur les rivières.
Nous profitons de ces derniers moments de confort de cette station de montagne avant de prendre la piste demain matin. Sauna, douche, dîner et dodo dans un dortoir que nous partageons avec deux Polonais qui terminent leur périple. Ils nous indiquent que la neige manque sur les premiers kilomètres que nous aurons à parcourir demain, mais qu’ensuite, c’est nettement mieux.
Vendredi 13 mars – 1ère étape
Kebnekaise – Singi. 16 km.
Jean-Christophe
Le refuge était génial : électricité, douches, wc, sauna, cuisine équipée, eau courante… Tout le confort… Je sais que c’est le début de l’aventure en quittant ce refuge. Ça commence fort avec une descente pour retrouver la piste : je découvre la pulka et son comportement : ça passe devant, ça me fonce dessus, je tombe sur elle. Un début de relation compliquée entre elle et moi !
Puis le plat arrive et déjà nous voilà chanceux : des rennes sauvages se baladent autour de la piste.
La neige est un peu absente en ce début de parcours et il y a beaucoup de cailloux. Ce qui va nous amener à quitter le chemin balisé et à traverser un lac gelé. Impressionnant ! Le Sami qui nous a emmené en motoneige de Nikkaluokta à Kebnekaise nous a expliqué que les lacs sont encore gelés sur plus de 20 cm mais recouverts parfois d’eau libre. Alors j’avance confiant. Quoique…
Puis ce sera le début d’une longue montée sur 8 km au moins. Tout le temps à l’ombre. Mais bon, le temps est calme et sans vent.
On guette les premiers rayons de soleil pour s’arrêter déjeuner à midi pile (après 3h20 de marche donc) : repas lyophilisé végétarien type purée aux légumes : sympathique ! Me voilà revigoré pour avaler les derniers kilomètres et rejoindre Singi où je découvre ce premier refuge sans eau ni électricité. Arrivée à 14h15 environ. C’était une belle première étape sur la Kungsleden. Une vallée encaissée, impressionnante de minéralité et de froideur. Mais des animaux y vivent. Je me demande de quoi.
Le refuge est finalement plus confortable que je ne l’imaginais. Il y fait chaud quand le bois brûle dans ces petits poêles à l’efficacité redoutable. Il y a du gaz à volonté pour faire chauffer de l’eau tirée de la rivière avec des bidons, et les lits sont confortables.
Rencontre avec un jeune couple de français de Rennes, végétariens de surcroît ! Elle souffre d’ampoules aux pieds et effectivement bcp de gens sont là à se bander les pieds. Ça me fait peur mais pour l’instant mes pieds sont nickels. Mes chaussures Sorel assurent ! Et tant mieux car, comme toujours, je suis parti avec la trousse de secours la plus light possible. Je n’ai jamais connu la maladie en voyage et pourtant j’ai quelques kilomètres au compteur.
Première soirée à la bougie. Toilettes à l’extérieur. On fait tout dans la cuisine : chauffer l’eau, se laver les dents, la vaisselle…
Il neige fort ce soir. On verra demain mais on devra certainement utiliser les raquettes !
Dominique
Après un bon petit déjeuner, nous faisons nos premiers pas sur la Kungsleden. Jean découvre la pulka qui ne l’aide pas beaucoup dans les premières descentes. La station étant un peu en hauteur par rapport à la rivière qui coule en contrebas. Ça glisse bien une pulka sur la neige ! Nous atteignons le lit de la rivière partiellement gelée. Nous cherchons la meilleure piste pour éviter les zones d’eau vive et les cailloux. C’est une ambiance assez étrange pour moi qui connaît bien ce coin. Il y a trois ans, la neige était profonde. Aujourd’hui, la végétation est très présente.
Enfin, nous attaquons la longue montée vers Singi. Nous sommes dans une vallée étroite où le soleil a du mal à pénétrer, caché derrière les massifs. Le ciel est couvert. La neige est plus abondante. Nous marchons mieux. La piste est d’ailleurs suffisamment dure pour que nous n’ayons pas à chausser les raquettes. La température est anormalement élevée pour la saison. J’ai chaud. Et pourtant, je n’ai pas mis ma veste polaire. En principe, l’équipement de base est un système 3 couches : un maillot de corps chaud et hydrophobe (il évacue la transpiration vers la couche supérieure). Une veste polaire chaude, et enfin une veste coupe-vent. Jean, pourtant bien couvert, semble bien gérer sa température. Son allure est bien plus élevée que la mienne. Il marche vite. Dès que j’essaie de le rattraper, je passe dans le rouge au niveau cardio. Je m’essouffle et je transpire. Tant pis, je ralentis.
A midi, nous profitons d’un petit coin ensoleillé pour faire une pause déjeuner. Mais on ne s’attarde pas. Le petit vent froid nous gèle.
Dans cette longue montée, nous croisons beaucoup de groupes de randonneurs, dont des français. Eux terminent leur trek.
Première soirée en refuge pour Jean qui découvre tout. Quant à moi, je retrouve ces ambiances rustiques très agréables. Un vrai bonheur !
Jean est un accro aux statistiques. Je vous pose les chiffres ici :
4h40 de marche, 15,5 km, FC moy : 116 bpm, FC max : 165 bpm, 3300 kcal, 22000 pas, 88 étages.
Samedi 14 mars. 2ème étape.
Singi – Sälka. 12 km.
Jean-Christophe
Réveil à 7h. Le refuge est en ébullition : les Allemands sont déjà devant leurs bols de müesli.
Ce que je redoutais arriva : il faut aller tester ces toilettes sèches au bout du refuge… Et la révélation : je retrouve l’odeur (nauséabonde) des toilettes chez mes grands-parents en Alsace quand j’étais petit. Ils n’avaient pas encore l’eau courante ou du moins pas de toilettes à l’intérieur. Il fallait aller à côté des cochons dans une petite cabane. C’est dingue de réidentifier une odeur 50 ans après. Car, par chance, je ne l’ai jamais recroisé dans ma vie !
Petit-déjeuner qui sera toujours le même pendant 9 jours : 1 thé vert, 1 sachet de biscuits LU avec environ 25 grammes de Nutella. J’aime cette rigueur et oublier que, trop souvent, on vit pour manger au lieu de l’inverse.
8h15, nous voilà déjà en route pour une étape plus courte que Dom m’a vendue facile. Oui, elle est plus courte. 11,5 km mais que de la montée. Dominique et sa pulka de 30 kg a souffert. Moi un peu moins. J’étais devant et j’ai imposé une allure soutenue, ce qui n’était pas une bonne idée pour Dom.
Le milieu du parcours au centre de cette vallée majestueuse se fera sous le soleil. Mais les nuages reviennent pour les derniers 4 km et ils vont être durs ! 4h en tout de marche, et vu la météo avec un vent qui se lève, nous décidons d’atteindre Salka pour y déjeuner. Les derniers kilomètres se sont faits sur la réserve. Rien mangé depuis le petit déjeuner (qui ne pèse que 250 Kcal). C’était exigeant physiquement. Mais nous voilà arrivés. Une boisson chaude sucrée offerte à l’accueil qui fait du bien et un refuge typique. Mais il a un sauna ! Vivement ce soir pour pouvoir s’y réchauffer et s’y laver !
Après-midi long. Déjeuner. Rencontre avec un Français, seul en trek, mais pas bavard. Et un jeune franco-allemand de 22 ans qui s’est pris une année sabbatique pour explorer le monde. Quelle chance !
Sauna à 18h. C’était l’heure des hommes. Le sauna est au feu de bois. Une salle pour se déshabiller, une autre pour se laver (eau froide et eau bouillante. On fait son propre mélange et on se le verse sur soi avec une bassine). Et le sauna où l’on tient à 8 assis. Tous nus bien sûr ! Dominique va se faire 2 pauses en se refroidissant dans la neige. Pas moi !
Dîner à la chandelle bien sûr et en tête à tête.
Et le spectacle des aurores boréales ce soir pendant 1 heure. Très joli, mais pas aussi impressionnant que dans notre imaginaire. Les appareils photos les captent mieux que nos yeux. Mais elles se déplacent à une vitesse étonnante. Ça apparaît. Ça disparaît. C’est assez magique. Nous avons vu des rennes, des aurores, quelle chance !
Dominique
Au réveil, la piste est totalement recouverte. Il a beaucoup neigé et venté durant la nuit. Avant de quitter le refuge, je vais couper du bois avec un allemand qui se propose de m’aider. Je scie. Il fend. Il y a trois ans en arrière, nous n’avions pas besoin de couper le bois. Les refuges se faisaient livrer des sacs de bûches prêtes à l’emploi. Les choses ont changé. Jean et moi prenons la piste peu après 8h. Il est tôt. Mais du fait de l’absence d’électricité, il fait sombre rapidement et dès 18h nous allumons bougies et lampes frontales. Et c’est vers 20h30 voire 21h que nous regagnons nos lits. Certains lisent, d’autres écoutent de la musique ou jouent à des jeux de société. Mais très tôt, tout le monde s’endort. De fait, nous sommes réveillés très tôt.
Direction Sälka. Une étape de faux-plat montant. En tout cas, c’est ainsi que cela nous a été « vendu » par les français hier. En réalité, une belle étape de montée permanente qui aura été éprouvante. La neige fraîche ne nous aide pas. Les raquettes s’enfoncent et les pulkas nous freinent. La mienne pèse environ 10 kg de plus que celle de Jean. Je transporte davantage de nourriture. Le matin, j’ai besoin d’un petit déjeuner copieux fait de céréales et de lait en poudre ainsi qu’un sachet de jus de fruits lyophilisé. De plus, j’ai tout mon équipement photo. Appareil, objectifs, trépied. Résultat, je peine beaucoup plus que lui qui marche à bonne allure devant moi. Dans les montées un peu plus prononcées, je me mets dans le rouge en tentant de le suivre.
Nous quittons une nouvelle fois la piste balisée pour suivre le lac et une belle trace de motoneige. Plus facile pour avancer. La piste est plus dure et les pulkas glissent mieux. Malheureusement, au bout d’un moment, je réalise que la motoneige n’allait pas à Sälka. Il nous faut donc bifurquer. Retour dans la neige fraîche et profonde. Gros efforts et beaucoup d’énergie consommée.
C’est à midi que nous arrivons à Sälka. Quatre heures de marche. Ce n’était pas une grosse étape, mais elle était assez difficile tout de même. Nous posons nos affaires dans le refuge et déjeunons. Nous sommes crevés.
Après-midi repos. Je sors prendre quelques photos. Ce refuge est équipé d’un sauna. Point de confort non négligeable ! Nous y allons à 18h. Le gardien nous avait indiqué que de 17h à 18h, c’est réservé aux femmes. De 18h à 19h, les hommes. Et enfin, de 19h à 20, c’est mixte. C’est un moment de détente très apprécié. D’autant plus que nous pouvons nous y laver. Et bien évidemment, il n’y a toujours pas d’eau courante. Nous mélangeons de l’eau chaude puisée dans une cuve chauffée par un chaudière au gaz, et de l’eau glacée. Et nous nous douchons avec des écuelles. A l’ancienne. Mais c’est appréciable.
Les stats du jour : 4h de marche, 11,6km, FC moy : 114 bpm, FC max : 156 bpm, 3300 kcal, 72 étages, 18000 pas.
Dimanche 15 mars – 3ème étape
Sälka – Nallo. 10 km.
Jean-Christophe
La routine s’installe et on prend ses habitudes : le filet très pratique (bien vu Dom) où l’on sort de la pulka ce dont on va avoir besoin. On range ses chaussures à droite, on met sa tenue de refuge, on fait du feu, on fait chauffer de l’eau, on prépare son lit… La déconnexion avec le monde est déjà bien en place et ça ne me manque pas trop : que se passe-t-il au Moyen Orient ? J’avoue ne pas y penser. Je me demande plutôt ce que font les enfants.
Et le matin c’est dans l’autre sens. On replie le sac de couchage, on range ses affaires, un brin de toilette, on range la pulka et on se prépare à marcher avec les raquettes. Depuis hier, un tendon du pied droit m’envoie des signaux de détresse. Il faut faire avec. La 5ème étape (sans raquettes) me confirmera que c’est ce mouvement finalement différent de la marche de base qui le sollicite trop. Et pour être sollicité il va l’être car ça commence fort avec 2 km de montée brute ! Le cardio à fond, les jambes brûlent, la pulka est lourde et la neige molle. On s’enfonce sur certains passages. Et tu regardes devant. Et ça monte toujours, encore et encore…
Puis 2 km de montée douce. Mais là, tu ramasses psychologiquement car tu n’es pas prêt à ça. Et enfin le faux-plat sur 6 km vers Nallo. Plus de difficulté majeure mais un paysage assez bouché par ces nuages bas. Dommage, la vallée est majestueuse sinon. On rentre sur ma partie préférée du trek.
Arrivée à Nallo. Petit refuge avec un seul bâtiment. Mais la gardienne attend 20 personnes ce soir.
On déjeune à 13h. 1 cracker, 1 repas lyophilisé de pâtes aux champignons et 30 grammes de chocolat. Pour l’instant le corps suit avec 2000 kcal par jour. Dans 2 jours, on intensifiera un peu car on sera dans 2 longues étapes.
Nous sommes presque les premiers au refuge. Donc c’est calme et la sieste s’impose pour retrouver de l’énergie.
Le rythme s’installe. La vie en France s’efface et le corps et l’esprit commencent à se dire : « ah bon c’est ça le nouveau programme ! » Et ils s’adaptent. A part la malléole droite qui fait souffrir. Pourtant en apparence tout semble nickel. Sinon les prévisions météo sont mauvaises dans 3 jours il devrait neiger fort pendant 3 jours. Mais bon, la précision météo ici est difficile.
Après-midi un peu longue dans ce petit refuge. Pas grand-chose à faire. Lire (Guilhem d’Ussel), écouter de la musique, se reposer, discuter un peu avec les Finlandais.
Dominique
Nous attaquons une partie du parcours que je n’ai jamais empruntée en hiver. J’étais passé par là un été. J’avais trouvé le paysage magnifique. Très vert et très humide. En hiver, la neige et la glace recouvrent tout. C’est totalement différent. Ce qui ne change pas, en revanche, c’est la longue, très longue montée au départ. Sur plusieurs kilomètres, nous fournissons un effort important et continu pour tirer nos pulkas et progresser sur une piste à peine tracée par un petit groupe d’Allemands partis juste avant nous. Sur cette portion de notre trek, il n’y a pas de balisage. Nous suivons les vallées très étroites. A priori, pas de risque de se tromper de chemin. La météo n’est pas très bonne. Le ciel est totalement couvert et les nuages couvrent le sommet des massifs. Mais il ne fait pas froid et je mouille mon maillot. J’ai retiré mon bonnet. Pas de veste polaire. Gants légers.
L’arrivée au refuge est un peu compliquée. Du fait de l’absence de balisage, nous suivons donc les traces des Allemands. Mais ils font un choix étrange pour contourner un petit canyon qui nous bloque le passage. Ils contournent par la gauche, en remontant sur le versant d’un massif particulièrement pentu. Je ne suis pas du tout inspiré par cette voie. Je décroche ma pulka et pars en repérage pour en chercher une autre. Et finalement, je finis par trouver une vieille trace qui passe par la droite. C’est beaucoup plus simple et moins dangereux. Un petit panneau aurait été pratique ici. Je sais qu’il y a des cairns par endroit pour marquer les passages, mais à cette saison, ils sont sous la neige.
Nous arrivons un peu avant midi. Les Allemands font une pause déjeuner avant de repartir pour Vistas. Etape que nous ferons demain.
Ce refuge est petit. Semblable à Singi et Sälka, mais il n’y a qu’un seul bâtiment. Jean est passé maître du feu ! Il s’empresse d’allumer le poêle et veille à ce qu’il soit bien alimenté. Au grand dam de nos colocataires qui étouffent. Ils sont torse-nu. L’un d’eux se lève pour ouvrir une fenêtre. Jean remet du bois dans le poêle ! 😊.
3h20 de marche, 9,8 km, FC moy : 120 bpm, FC max : 170 bpm, 3300 kcal, 76 étages, 13500 pas.
Lundi 26 mars – 4ème étape
Nallo – Vistas. 10 km
Jean-Christophe
Enfin une étape facile de 10 km dont les 8 premiers en descente douce dans la vallée. La météo est clémente. En plus, aucun vent et un froid de -5°C, -6° C tout à fait acceptable. Juste ce tendon au-dessus de la malléole qui vient gâcher un peu le plaisir. Mais à peine.
La fin du parcours est plus rock’n roll avec une descente compliquée où il faut maîtriser cette fichue pulka qui veut toujours prendre ses libertés dès la moindre pente. Et il y en a de la pente !
Arrivée à Vistas avec une bonne surprise : un sauna. Ce sera pour ce soir ! Et une jolie rencontre avec une Américaine qui a étudié le chinois et qui habite Seattle. Ça me fait plaisir de discuter avec elle et de parler anglais. Depuis un an, ma pratique a bien diminué.
Repas du midi au coin du poêle à bois. Cet après-midi, on est allé couper du bois. Il faut que j’améliore ma pratique !
Sauna à 18h : très sympa. Avec 3 allemands, on a discuté des voyages de Dominique au Groënland. Ils font le même parcours que nous mais en ski. Puis repas à la bougie. On est juste 5 dans notre partie : le couple américain. Plus leur ami allemand et nous. On a même une « chambre » privative avec des lits superposés.
Demain grosse étape de 18 km.
Dominique
La neige est dure et les pulkas glissent bien. Comme hier, peu avant d’arriver au refuge, nous devons partir en repérage sans les pulkas. En effet, nous avons perdu la piste et nous nous sommes finalement trompés. Nous avons suivi une jolie pente descendante (la facilité) alors que nous aurions dû rester sur le plateau. Nous nous retrouvons, comme hier, devant un petit canyon que nous ne pouvons pas franchir. Jean est parti voir du côté de cet obstacle. Quant à moi, je grimpe une pente raide pour remonter sur le plateau où je retrouve la piste. Plutôt que de revenir plusieurs centaines de mètres en arrière, nous optons pour une opération un peu délicate : hisser les pulkas sur cette pente raide. Nous y arrivons au prix d’un bel effort. Mais c’est fait. Nous sommes de retour sur la bonne voie. Le paysage est très différent de celui que nous avions les jours précédents. En perdant un peu d’altitude, nous retrouvons la taïga, forêt boréale faite principalement de bouleaux. C’est très boisé.
2h50 de marche, 9,6 km, FC moy : 102 bpm, FC max : 145 bpm, 2750 kcal, 10 étages, 12300 pas.
Mardi 17 mars – 5ème étape.
Vistas – Alesjaure. 18 km.
Jean-Christophe
Il neige faiblement. -4°C. Petite couche de 1 à 2 cm. Rien d’effrayant comparé aux 30 cm annoncés demain et les jours suivants. Réveillé à 6h. Départ 8h. En se couchant à 21h30 un rythme différent s’installe. J’ai rêvé toute la nuit d’avoir ma propre cabane où je recevrais, comme ici, à la bougie et au bois… Une idée de vie d’hiver peut-être…
Finalement, au départ, le soleil sort et il nous accompagnera toute la journée. C’était une superbe journée de randonnée. En légère montée tout le temps. Nous avons remonté le lit d’une rivière dans une très belle vallée. La difficulté, car il y en avait une, était de taille : une grimpette de 400m max. Mais un sacré dénivelé. Mais derrière, une vue magnifique et un repas sur un caillou au soleil.
Arrivée à Alesjaure à 13h30 après avoir traversé un village Sami (déserté en hiver) et un lac gelé. Ce refuge est le plus grand de tous. Positionné en hauteur, comme souvent. La vue est superbe sur toutes les vallées. Par contre, le vent se lève et la météo annoncée pour les prochains jours semble peu flatteuse. Nous verrons bien. Cela change très vite.
Un petit tour au magasin, histoire de faire du bien au corps et à l’esprit. Sauna à 19h pour les hommes. Très bien. Je commence à y prendre goût. Par contre, ce refuge est trop grand. C’est bruyant avec de grandes équipes. Je préfère Vistas ou Nallo.
On est mardi. All good. La moitié du trek est passée désormais. Encore 2 étapes inédites puis ce sera le retour doucement vers Kebnekaise.
Discussion ce soir avec le musher : la météo se dégrade et une tempête semble même prévue demain soir. On verra bien. C’est tellement changeant.
Dominique
C’est l’étape la plus longue de notre trek. Je l’appréhendais un peu les jours passés. Je ne savais pas comment nous allions nous en sortir sur une piste non balisée et peu fréquentée. Je craignais que nous ayons à tirer les pulkas dans une neige profonde et sur une longue distance. Finalement, une ancienne trace de motoneige, bien dure, nous permet même de marcher sans les raquettes. C’est la plus belle étape de notre trek. Certes elle est longue, sur un faux-plat montant permanent, mais il fait beau et la température est très agréable. Nous croisons la route de nombreux lagopèdes, ces oiseaux de la famille des gallinacés, tout blanc à cette saison, et avec un chant très particulier.
A trois kilomètres de l’arrivée, le temps se couvre. Nous traversons le village Sami en bordure du lac gelé. A cette saison, le village est déserté de ses habitants. Les Sames ne sont dans les massifs que durant les mois de juin et juillet pour faire paître les hardes de rennes. D’ailleurs nous contournons les enclos de triage des faons avant d’arriver au village.
En arrivant au refuge, quelques personnes s’affairent auprès des chiens de traineau. Il y a 5 ou 6 équipages qui vont passer la nuit ici. Comme de coutume, nous sommes accueillis par un gardien et son verre de lingon. Je suis souvent passés par ce refuge. Et à chaque fois, j’ai des souvenirs mitigés : le refuge est très joli, très grand (c’est le plus grand de la Kungsleden). Il peut accueillir 70 personnes. Mais à chaque fois que je suis arrivé ici, j’ai eu des problèmes de météo. Et comme un mauvais sort, l’histoire se répète. Les prévisions météo pour les jours à venir sont très mauvaises. Certes, nous avons pu constater ces derniers jours que les prévisions ne valent pas grand-chose. Mais la tendance semble se confirmer tout de même : vents forts pour demain. Tempête pour jeudi. Vent de sud. Direction que nous devons maintenant prendre puisque nous attaquons la seconde moitié de notre trek pour retourner vers notre point de départ.
Dans l’après-midi, je descends à la rivière avec le musher suisse pour aller chercher de l’eau. C’est une véritable épreuve. La pente pour remonter au refuge est vraiment très raide. Et tirer un bidon de 25 litres d’eau donne des suées.
Le problème des groupes dans les refuges, c’est que seul le guide a la connaissance du terrain et tout le monde se range à ses décisions. Ça limite donc les échanges sur le sujet du choix du parcours, des options possibles… Je discute donc avec le musher qui encadre un petit groupe de touristes. Il décide de faire demi-tour pour aller se réfugier avec ses clients et ses chiens dans la taïga d’Abisko. Ils vont donc remonter vers le nord avec le vent dans le dos. Pour lui, impossible de prendre le risque de poursuivre dans les massifs par ce temps.
Pour ma part, j’estime qu’il n’y a aucun danger à poursuivre notre chemin vers le sud, même si je sais que l’étape de demain sera difficile. Le Suisse partage mon avis mais il a d’autres contraintes qui le pousse à prendre une décision plus sage. Un fort vent de face, et, incroyable à cette saison ici, mais de la pluie est annoncée en début de matinée. C’est plutôt ça qui m’inquiète. Mes vêtements sont prévus pour le froid et la neige. Mais pas pour la pluie… Toutefois, nous avons 13 km à faire pour atteindre le refuge de Tjäktja où nous pourrons faire sécher nos affaires le cas échéant. Nous avons la nuit pour réfléchir à ça. Mais faire demi-tour me semble compliqué : toute notre logistique est déjà réservée et il nous faudrait tout réorganiser. Faisable certes, mais pas totalement nécessaire. De plus, l’étape entre Alesjaure où nous sommes, et Abiskojaure – refuge plus au nord – est très longue.
Alors Jean, il n’y a pas de stats ce soir ?
Mercredi 18 mars – 6ème étape
Alesjaure – Tjäktja. 13 km.
Jean-Christophe
Bienvenue dans l’enfer blanc. Vent de face constant de 50 km/h. Pluie puis neige et 480 m de dénivelé positif. 4h30 de marche sans aucun plaisir et tout en souffrance. Toutes les émotions te traversent : la colère d’être là, l’envie d’abandon, l’incompréhension, la souffrance bien-sûr. Pourquoi partir en vacances pour vivre cela ? C’est clair que je me suis juré, et pas qu’une fois, que c’était mon premier et dernier trek avec Dom dans les pays froids. Je préférerais être en Asie du Sud-est où n’importe où ailleurs…
Mais on est coincé il faut finir le trek et rentrer. Et le problème, c’est que demain, c’est rebelote. Apparemment même pire ! Ce ressenti, c’est celui qui t’imprègne pendant 4h de marche où tu marches seul, à regarder tes pieds. Il n’y a rien à voir. Juste mettre un pied devant l’autre. C’est une bataille psychologique. Je me demande ce que j’aurais fait si j’avais été tout seul. A deux, tu le fais pour l’autre. Avec l’autre, tu es embarqué dans une même galère. Mais seul !?
Arrivée au refuge à 13h30. Allumer les poêles à bois. Manger sans un mot et se reposer.
Le refuge est pris d’assaut. Nous sommes au moins 40. La tempête a changé les plans de tout le monde. 10 personnes dorment dans la cuisine. Un vieux monsieur de plus de 70 ans semble exténué. Que fait-il là ?
Des guides semblent trouver ces conditions « normales ». « Ce n’est pas plaisant mais ça va ». Ah ok, ben on n’a pas le même niveau de plaisir d’une activité extérieure. Je réalise que je ne suis pas dans le même délire. Dominique n’a pas trouvé cela plaisant mais il n’exprime pas le même ressenti que moi. Je vis l’instant présent et il est difficile.
Dominique
C’est donc sous la pluie et un vent fort de face que nous attaquons cette étape. Nous sommes couverts comme des cosmonautes. Masques de skis, tour de cou, bonnets, capuches, gants. J’ai froid aux bras et aux cuisses. Mes vêtements mouillés ne me réchauffent plus. Que c’est dur ! Pour pimenter le tout, l’étape est en montée. Nous luttons pour avancer. Jean est parti très vite. Je peine à le suivre. Il est pressé d’arriver. Pourtant ce n’est pas un sprint que nous devons faire, mais un Marathon. Il nous faut gérer notre énergie. Nous marchons dans un paysage blanc. Tout est blanc. Le sol se confond avec les massifs qui se confondent eux-mêmes avec le ciel. Nous ne voyons rien d’autre que les croix rouges du balisage. Je suis frustré. Je sais cette vallée magnifique. Je l’ai déjà empruntée à plusieurs reprises, en été et en hiver. Mais aujourd’hui, nous ne voyons rien. Nous marchons tel des zombies, tête baissée, avec pour seul objectif d’arriver au refuge. Jean semble furieux. Il ne prend aucun plaisir à marcher dans ces conditions. A mi-parcours, se pose la question de faire demi-tour pour opter la stratégie du musher. Mais au-delà de tout réorganiser, il y a cette étape de 22 km entre Alesjaure et Abiskojaure. Et dans le vent, je ne nous sens pas capables de faire cette étape. Et là, il y a un danger. J’insiste donc pour continuer vers le sud.
La pluie finit par s’arrêter. Le vent sèche mes vêtements. Je me réchauffe.
Il nous aura fallu 5 heures pour faire cette étape. Mais nous l’avons faite. Nous sommes arrivés à Tjäktja à 13h, lessivés. Nous déjeunons et nous reposons.
A notre arrivée, un jeune italien qui tente la Kungsleden en solo, attend un taxi motoneige pour le ramener à Abisko, son point de départ. Finalement, au bout de 3 jours de marche, il renonce. Trop difficile. Avait-il surestimé ses forces ? Etait-il suffisamment préparé ? Pour faire un trek en solo, il faut avoir un mental très fort. Il aura tenté.
La soirée au refuge est pénible. Infernale même. Le vent se transforme en tempête et nous voyons débarquer de nombreux groupes qui n’avaient pas réservé. Un grand groupe, qui faisait le trek en toile de tente s’installe finalement dans le petit refuge. Ils étalent les sacs de couchages partout où ils le peuvent pour les faire sécher. La nuit précédente a, semble-t-il, été chaotique. Le vent a eu raison des tentes impossible à ancrer efficacement dans une neige poudreuse. Tous leurs équipements sont trempés. Vêtements, sacs de couchage, matelas…
Tous les lits sont occupés. Le couloir est encombré des nombreux sacs des randonneurs. Après dîner, la grande pièce à vivre est transformée en dortoir. Les tables et les chaises sont empilées les unes sur les autres. Les matelas sont alignés sur le sol. Le refuge dépasse totalement sa capacité maximale d’accueil. Mais il est impossible de laisser quelqu’un dehors par ce temps.
Aller aux toilettes est une épreuve. Il faut se couvrir de la tête aux pieds, masque de ski sur les yeux et il faut tenir en équilibre dans les bourrasques.
Un groupe de 9 Français prévoit de partir de très bonne heure demain matin pour profiter d’une fenêtre météo favorable. Nous ferons probablement la même chose.
Jeudi 19 mars – 7ème étape
Tjäktja – Sälka. 12 km.
Jean-Christophe
Je suis épuisé. J’ai beaucoup dormi. Réveillé dans la nuit par le silence extérieur. Le vent semble miraculeusement s’être affaibli. Il ne reste, au réveil à 5h, que des rafales. Un brin d’espoir pour une étape qui n’est pas la plus difficile sur le papier, mais qui présente une grosse montée et une grosse descente avant d’arriver dans une vallée à plat pendant 7 km.
J’espère arriver au refuge de Sälka. Nous aurons terminé notre boucle avant de refaire les 2 dernières étapes Singi et Kebnekaise.
L’étape fût difficile mais comparé à hier, le vent était aujourd’hui dans notre dos et cela rend la marche moins éprouvante. Cela dit, on a progressé dans un dégradé de blanc. On a beau dire, le soleil et le ciel bleu c’est un gage de vacances réussies. Ben là, on est aux antipodes.
Le gars du refuge précédent nous a dit : « après le passage du col, vous n’aurez plus de vent ». Mon œil oui ! On s’est pris des rafales de vent jusqu’à Sälka qui est balayé par des rafales à plus de 80 km/h. Heureusement vent dans le dos…
12 km sur le papier qui ont nécessité une énorme dépense énergétique et un moral. Je tiens en me disant que la fin du trek est proche. Encore 2 jours de marche.
Quel dommage de marcher pendant des heures la tête baissée. Rien à voir. Tout est blanc. Tourner la tête, c’est se prendre une rafale de neige dans la tête. Alors tu avances en regardant tes pieds et les poteaux avec les croix rouges. Attristant.
Arrivée au refuge que l’on connait donc. Repas puis dodo. Et à 16h, le sauna. Ça va faire du bien.
Demain on doit encore partir de bonne heure. La météo semble se dégrader à Sälka dans la matinée. Par contre à Singi ils annoncent peu de vent. Mais toujours de la neige. On verra bien. Cette étape était un faux-plat montant de 12 km à l’aller. Donc ça devrait descendre. Enfin ! Chaque jour on accumule des dénivelés positifs. C’est dingue !
Après-midi tranquille jusqu’à ce qu’un groupe de 14 Flamands débarquent. Rien contre eux, mais ces grands groupes sont trop perturbants dans ces petits refuges.
Sinon sauna à 16h. On était que 3 au début avec un rastaquouère de Munich sympa. On a bien discuté.
Dîner à la chandelle avec discussion avec des Allemands qui descendent à Singi aussi. On dort dans une chambre pas chauffée et qui est plein nord. Elle se prend les rafales de vent. Des vents tempétueux jusqu’à minuit à plus de 100 km/h.
Dominique
Etonnamment, le silence me réveille à 4h du matin. Le jour commence à se lever. Il n’y a pas de vent. Je tends l’oreille. Rien. Quelques rafales de temps en temps. Mais globalement, le temps semble calme. Totalement en contradiction avec les annonces d’hier soir. Je ne résiste pas à l’idée d’aller voir dehors. Si ça ne tenait qu’à moi, je me préparerais rapidement pour profiter de l’accalmie pour prendre la piste. Seulement voilà, la salle commune est totalement inaccessible. De plus, hier soir, j’ai laissé les bouteilles thermos et nos sacs de nourriture sur une table, à l’opposé de la porte. Je ne sais pas comment faire pour y accéder. Des gens dorment partout par terre, collés les uns contre les autres…
Vers 5h, le groupe de Français se lève. Leur guide force le passage pour accéder aux réchauds et faire chauffer de l’eau. Il rassemble toutes son équipe dans une chambre pour éviter de réveiller tout le monde. A mon tour, je me fraie un passage sur les matelas en essayant d’écraser personne. Je récupère tant bien que mal mes affaires et retourne déjeuner dans notre chambre. Jean se lève à son tour. Nous rassemblons nos affaires, chargeons les pulkas et nous nous mettons en route à 7h15. Finalement, nous partons avant le groupe de Français qui n’en finit pas de se préparer. Nous aurions bien aimé qu’ils nous fassent la trace. Juste avant notre départ, le gardien nous apporte les dernières prévisions météo en nous recommandant effectivement de partir dès maintenant. Le vent doit se lever plus tard.
Nous entamons une nouvelle étape par une montée de quatre kilomètres jusqu’au col de Tjäktja. Je n’ai pas vérifié, mais je pense que ce col est le point culminant de notre trek. Il y a trois ans, j’avais adoré la vue incroyable qui s’offrait à nous depuis ce col. J’avais capturé un halo autour du soleil avec mon appareil photo. Aujourd’hui, la vue est totalement bouchée. La grande descente vertigineuse que beaucoup de skieurs redoutent est invisible. Nous descendons sans encombre, en retenant nos pulkas. Tout se passe très bien. Jean commence à parfaitement maîtriser les descentes. Le vent a fini par se lever. Il neige également par moment. Une nouvelle étape sans paysage. Toutefois moins difficile qu’hier. Aujourd’hui, le vent a tourné. Il a tendance à nous pousser. C’est beaucoup plus confortable. Comme hier, nous suivons bêtement le balisage. Ces 12 kilomètres seront vite avalés. Nous arrivons à Sälka à 11h30. A partir de là, nous repassons sur nos pas des premières étapes de notre aventure.
Vendredi 20 mars – 8ème étape
Sälka – Singi. 12 km.
Jean-Christophe
Réveil 6h. Le vent est tombé comme prévu. Départ à 7h15.
Première partie dans un décor 100% blanc sans visibilité et avec du vent. Puis ça se lève doucement. Une énorme corniche invisible sur le parcours : Dom est tombé la tête la première. Sans gravité heureusement. On retrouve les Allemands à une cabane au kilomètre 7. Ils ont cassé leur pulka en tombant aussi.
On arrive à 11h15 à Singi. La cabine vide et froide. Une heure après, un groupe de 5 mamies françaises nous rejoignent. Cet après-midi : bois 🪵 et eau 🪣 pour la dernière fois. Demain ce sera la dernière étape. Le corps est vidé. Les étapes sont difficiles physiquement. Il est temps que ça se termine. Hâte de pouvoir communiquer à nouveau. Les enfants me manquent.
Dominique
Nous voilà donc sur la route du retour. Pour de bon. Mais pour la troisième journée consécutive, nous n’avons pas vraiment de paysage à voir. La vue est bouchée. Nous avançons dans un white-out piégeux. Nous ne voyons pas où nous mettons les pieds. Il n’y a ni ombre ni contraste. Et le piège se présente malheureusement devant moi sans le voir. Je fais une chute verticale d’un bon mètre puis une glissade sur 4 ou 5 mètres, emporté par ma pulka. Je me retrouve allongé sur le dos, couvert de neige, emmêlé dans les cordages de la pulka. Je crie à Jean de s’arrêter. Je ne comprends pas encore ce qui m’est arrivé. Il me faut quelques secondes pour reprendre mes esprits. Je détache les dragonnes de mes bâtons et démêle mes cordages pris dans mes raquettes pour me relever. Pas de bobo. C’est déjà ça. Derrière moi, plusieurs mètres plus haut, je vois Jean, incrédule. Le vent a creusé la neige et formé une corniche sur plusieurs dizaines de mètres de long, en travers de la piste. En mettant les pieds sur la corniche, elle a cédé sous mon poids. Un piège redoutable. Heureusement, dessous, la neige était molle et profonde. Ma chute a été amortie.
Je remonte pour faire un passage pour Jean. Il me passe sa pulka que je laisse glisser. Puis Jean descend sur les fesses. Si une motoneige passe par là, c’est l’accident assuré. Mais nous n’avons aucun moyen de marquer le danger. Aucun morceau de bois, rien…
Nous reprenons la piste. J’ai les jambes coupées. Mais ça va aller. Quelques kilomètres plus loin, il y a une cabane où 4 Allemands font une pause. Ils tentent une réparation de fortune sur leur pulka cassée.
Depuis cette cabane, nous quittons la piste, comme à l’aller, pour marcher en fond de vallée. Cela nous évite les montées et les descentes de la piste. Mais là encore, il y a des pièges. Mon pied gauche passe au travers d’un pont de neige. Je m’enfonce jusqu’en haut de la cuisse. Une fois sorti de ce trou, je vois que le fond du trou se trouve encore un bon mètre plus bas. C’est vraiment profond. A cet endroit, il n’y a pas de glace. Juste une énorme couche de neige, avec un gros trou… Nous bifurquons légèrement vers le rivage pour éviter un nouveau piège. Décidément, la météo a créé des conditions compliquées. Nous arrivons de bonne heure à Singi. Le gardien a à peine terminé de préparer le refuge. Il nous installe dans une cabine où nous serons rejoints par un petit groupe de cinq françaises d’un certain âge. Elles n’en sont pas à leur première expédition ici. Elles connaissent bien le coin. Nous comprenons que leurs hommes sont dans un autre secteur. Elles ont fait le parcours sud de la Kungsleden. Celui que je ne connais pas du tout. En discutant avec elles durant la soirée, elles m’ont donné très envie de découvrir ce secteur. Elles m’ont bien « vendu » le truc en tout cas. Intéressant ! Je crois que je tiens la destination de mon prochain trek.
Samedi 21 mars – 9ème étape
Singi – Kebnekaise. 15 km.
Jean-Christophe
Départ à l’aube après une nuit tempétueuse. La montée se fait bien, puis la longue descente jusqu’au refuge final. La vallée est plutôt dégagée mais très peu enneigée. Les skieurs galèrent et doivent porter leurs skis.
Enfin l’arrivée après 4h de marche facile. Dominique est déçu que je n’ai pas kiffé l’aventure. On déguste une bière et des chips, puis sauna et reconnexion au monde réel. J’appelle les enfants.
Le vent se relève et les rafales reprennent de plus belles… Quelle météo compliquée décidément… Demain départ à 8h au lieu de 10h en motoneige. Retour vers Kiruna…
Dominique
Jean semble pressé d’en finir. Il marche d’un pas rapide que j’ai peine à suivre. D’autant que je m’arrête régulièrement pour regarder le paysage derrière nous. Même si je n’aime pas passer par cette vallée où le soleil ne pénètre pas, masqué par les hauts sommets, le paysage n’en demeure pas moins magnifique. J’essaie d’en profiter. Dans quelques heures, nous serons à la station de montagne, dans un paysage totalement différent.
Mais quelques kilomètres avant Kebnekaise, une nouvelle épreuve, imprévue, nous attend : l’absence de neige. A l’aller, nous avions contourné des zones de végétation pour emprunter les eaux gelées de la rivière. Mais, une semaine après, force est de constater que la neige a fondu et que la glace s’est fragilisée. Il y a de la neige fondue et de l’eau partout. Nous devons faire attention où nous mettons les pieds. Au loin, nous voyons 3 personnes, skis sur les épaules… Nous nous demandons comment arriver à passer avec nos pulkas. Décidément, ce trek ne nous aura rien épargné. Nous devons parfois tirer les pulkas sur la toundra en évitant les pierres qui pourraient les abîmer. Tirer une pulka sur la neige est assez facile. Mais sur le lichen et la végétation rase, c’est beaucoup plus difficile.
Nous finissons malgré tout par arriver à la station de montagne. Cette fois, c’est la fin de l’aventure. Après une soirée détente, nous prendrons un taxi motoneige demain matin pour nous conduire au village de Nikkaluokta, puis un bus pour Kiruna, comme à l’aller.
Et pour finir
Jean-Christophe
Un mix feeling sur ce voyage. Ai-je envie d’en refaire un ? Non. Ou pas de suite. Je n’ai pas aimé la pulka. Je testerai bien un sac à dos. Je suis toujours trop dans la performance plutôt que dans l’éblouissement de la nature et surtout quand elle se cache. Je n’ai qu’une envie : arriver au plus vite. Et ça, c’est pas Dom.
Mais je retiens aussi les refuges, les ambiances. Mais 9 jours d’affilés c’est trop je pense. Un break aurait été souhaitable peut-être. Pas facile de planifier depuis la France ce qui peut se passer.
Je regrette aussi de ne pas avoir plus filmé. Nous avons eu beaucoup de plaisir à les revoir nos quelques vidéos GoPro. On oublie parfois si vite.
Mais quelle aventure tout de même… Je n’ose imaginer les treks de Dom sous tente au Groënland. Je préfère ces refuges qui dégagent une chaleur et nous protègent aussi.
Les mamies à Singi nous ont parlé du sud de la Kungsleden que Dominique ne connait pas. Moins fréquenté, peut-être plus authentique et un territoire inconnu. Voilà qui devrait le séduire. Le fera-t-il seul ? Avec Céline ? Avec moi ?… Réponse dans un futur roadbook !
Kungsleden, I survived !!!
Dominique
Cette aventure était un peu particulière pour plusieurs raisons. Ce n’est que la seconde fois que je suis accompagné pour un trek. Habituellement, je suis seul. Je vais donc à mon rythme. Et comme on dit, ce n’est pas la destination qui compte, c’est le voyage. J’aime prendre le temps. Admirer le paysage, prendre des photos. Observer. Même si je dois mettre 6 ou 7 heures pour faire 15 km. J’aime le rythme lent. A l’inverse, Jean avait plutôt pour objectif l’arrivée au refuge suivant. J’ai souvent eu du mal à suivre son rythme. Un matin, je lui ai fait la remarque qu’il marchait comme s’il allait à la boulangerie. Je l’avais écrit dans un précédent roadbook : Carpe Diem !
Ensuite, la météo ne nous aura rien épargnés. De la neige, du blizzard, de la pluie et le white-out. L’absence de paysage sur plusieurs étapes.
Enfin, un point que je n’ai pas trop évoqué dans mes notes, c’est le trop grand nombre de groupes qui envahissent les refuges chaque soir. C’est fou, mais cette portion de la Kungsleden – la partie nord – est devenue une usine à touristes. Des groupes énormes, jusqu’à 17 personnes qui ne font qu’une partie du parcours, se faisant récupérer par des taxis motoneiges au bout de 4 ou 5 jours… Lorsque tout ce monde arrive dans les refuges, ils étouffent les trekkeurs isolés. Difficile de créer des liens. J’ai souvenir de mes précédents passages sur cette piste où j’ai, à chaque fois, créé des liens, certes éphémères, mais très forts. Je me souviens de l’émotion que nous avions ressentie il y a 3 ans, lorsque j’avais fait ce trek avec Céline, au moment de quitter Filip, Elias, Lorie, Michel, les deux suédoises…
Nous avons toutefois pu apprécier le paysage magnifique des étapes entre Sälka, Nallo, Vistas et Alesjaure en première partie de séjour. Nous retenons surtout cette longue étape entre Vistas et Alesjaure. Nous n’avons croisé que 2 motoneiges durant ces 18 km. Nous n’étions que nous deux toute la journée, accompagnés par les lagopèdes et le soleil. C’était vraiment chouette.
La suite ? J’ai déjà commandé la carte qui me manque pour couvrir la partie sud de la Kungsleden, au départ de Kvikkjokk. A suivre donc…
